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Libération Payés
aux
bons, les coursiers l'ont mauvaise. Pour la première fois
à Paris, des salariés
sont en grève contre leur système de
rémunération. CHARVET
Nadya La
profession de coursier s'organise. Sur
leurs scooters, garés à l'entrée de la
rue, ils ont pancarté "coursiers
en grève".
Anytos, Pascal, Rui et David sont
salariés d'une microsociété de courses 4A4,
basée dans le IXe
arrondissement. Et pour la première fois de leur vie,
grévistes. Ils ont
arrêté le travail en fin de semaine dernière pour
des histoires de sous. Depuis
le mois de juin, l'activité de l'entreprise a baissé de
manière conséquente,
leurs paies également. Habitués à émarger
autour de 10 000 francs mensuels, ils
touchent depuis "deux ou trois mille francs de moins",
expliquent-ils. David, le dernier arrivé dans la
société et le moins bien loti,
n'a par exemple perçu que 4 900 francs en septembre, soit un
salaire inférieur
au Smic. En cause,
le
système de rémunération en vigueur dans
l'entreprise. Comme la plupart des
coursiers parisiens, ceux de 4A4 Courses sont payés au
rendement. Chacune de
leur course leur rapporte un certain nombre de "bons" (un bon
vaut environ 10 francs). En fin de mois, leur employeur
additionne le
nombre de bons qu'ils ont collectés et reporte la somme obtenue
en bas de la
fiche de paie. Si elle est supérieure au smic, il ajoute le
complément en
primes. Si elle est inférieure au smic, il baisse
artificiellement la durée de
travail inscrite sur le bulletin, pour rester dans la
légalité. Certains se
retrouvent ainsi avec des mois de 120 heures alors que leur temps de
présence
approche les 200 heures. "Un comble quand on sait que dans la
profession,
faire 39 heures de travail hebdomadaire, c'est comme être
à temps partiel",
précise un coursier. Toute
contestable qu'elle soit, cette pratique est courante dans la
profession.
"La très grande majorité des sociétés de
courses parisiennes, et elles se
comptent par centaines, utilisent le système de
rémunération au bon",
explique Jean Emery-Dufoug, le secrétaire général
du tout nouveau syndicat CGT
des coursiers, et ce sans que personne ne s'en offusque, surtout pas
les
quelques 6 500 coursiers recensés dans la capitale. "La grande
majorité
d'entre eux y trouvent leur compte. Avec ce système, plus ils
bossent, plus ils
gagnent, et ils émargent plus souvent à 10 000 francs par
mois qu'au SMIC. Du
moins, jusqu'à récemment", précise le
secrétaire général. Aujourd'hui
la conjoncture devient plus rude et le milieu de la course sature. Ce
premier
conflit localisé dans le IXe arrondissement, si petit soit-il,
est un signe des
temps, même si vraisemblablement, les quatre grévistes
réclamant des
rattrapages de salaires n'obtiendront rien dans l'immédiat. Sauf
à aller
devant les prud'hommes, qui dans des cas similaires ont
déjà tranché en
faveur des salariés. Leur patron estime en effet qu'ils se
sont trompés de
porte: "Celui qui a inventé la rémunération aux
bons a fait une énorme
connerie, certes, mais je ne peux pas tout seul faire changer les
règles en
vigueur dans la profession." "Nous
allons nous atteler à les changer", répond en écho
Jean Emery-Dufoug. Pour
l'anecdote la majorité des entreprises de courses appliquent
actuellement en
interne la convention collective des transports routiers, laquelle ne
fait même
pas référence explicitement à la profession de
coursier. Catégorie
: Actualités
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