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Article
LIBERATION du lundi
28 janvier 2002,
WENZ-DUMAS
François
l'illlusion du :
«Je me mets à mon compte et je
travaille pour moi ! »*
Franchisés
de tous
pays, unissez-vous ! Les vrais prolétaires aujourd'hui ne sont
pas forcément
ceux qu'on croit. Un inspecteur du travail opérant il y a
quelques années sur
le Marché d'intérêt national de Rungis eut un jour
la surprise de voir un
manutentionnaire employé par un grossiste lui présenter
des feuilles de paie
baptisées «factures». Convoqué, l'employeur
se défendit en expliquant qu'il
s'agissait d'un travailleur indépendant avec qui il était
en affaires.
L'inspecteur du travail et l'Urssaf n'eurent pas de mal à lui
montrer que la
ficelle était un peu grosse.
Coursiers,
tractionnaires routiers, chauffeurs livreurs, commerciaux: combien
sont-ils à
avoir cru au mirage de l'indépendance avant de découvrir
une réalité beaucoup
plus sordide, celle de l'exploitation sans limite et sans protection
sociale ?*
Dans
trois affaires
opposant la société France -Acheminement à ses
«franchisés», la chambre sociale
de la Cour de cassation a rendu le 4 décembre dernier trois
arrêts concordants
permettant de requalifier le contrat «commercial» en
contrat de travail.
Jusqu'ici les juges retenaient comme principe essentiel la
subordination. Une abondante jurisprudence définit les
critères permettant
de l'établir : obligation d'exécuter des directives,
de respecter des
horaires, de travailler en un lieu imposé par l'employeur. Les
sociétés exploitant des enseignes dans
le cadre des contrats de franchise ont su habilement contourner cette
notion de
subordination pour développer leurs chaînes de magasins ou
leurs réseaux de
transporteurs. Elles laissent ainsi aux franchisés au
moins sur le papier
une marge de liberté dans l'organisation de leur travail, afin
qu'ils ne
puissent invoquer la subordination et faire requalifier leur contrat
commercial
en contrat de travail.
S'appuyant
sur cette
jurisprudence, la cour d'appel d'Aix-en-Provence, en mars 1999, puis
celle
d'Orléans en juillet de la même année ont
rejeté les demandes de deux
chauffeurs franchisés par France-Acheminement : ils voulaient
faire reconnaître
par les prud'hommes qu'ils étaient en réalité
salariés.
Mais,
de son côté,
la cour d'appel de Montpellier avait en janvier 1999 admis qu'il
n'était pas
nécessaire d'établir le lien de subordination pour
requalifier le contrat.
La
Cour de cassation
a confirmé cette dernière interprétation en se
référant aux articles du code du
travail qui définissent la situation des gérants de
magasin.
S'ils
travaillent
pour une seule entreprise, dans des locaux et aux conditions
fixées par
cette entreprise, ils sont obligatoirement salariés.
Les
soi-disant
franchisés de France-Acheminement étaient dans ce cas,
même s'ils utilisaient
leur véhicule personnel : Ils auraient dû
être salariés.
*C’est nous qui soulignons, et le
titre est de
nous…
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