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Extraits d’un
article de CHARVET
Nadya, paru dans Libération
le lundi 6 octobre 1997, interview de Mme LEDRU, Pdgère de
Radio-Courses:
Madame
Claude Ledru se fait appeler
"Madame Ledru" dans le milieu des coursiers.
Elle est Pdgère de Radio-Courses, une des plus anciennes et des
plus
importantes sociétés de courses parisiennes. Elle emploie
une centaine de coursiers ../.. dans un secteur
qui raisonne de moins en moins
en horaires de travail. Dans un secteur qui transforme peu à
peu ses
salariés en "indépendants", payés à la
tâche*. « Prenons
le
secteur que je connais, celui des coursiers.
A Paris, sur 644 entreprises répertoriées, nous devons
être une vingtaine ../.. à
faire en sorte que nos gars respectent
des horaires, que le nombre d'heures qui figure sur leur fiche de paie
soit
bien le nombre d'heures qu'ils ont effectuées dans le mois, que
leurs heures
sup soient payées. Moi, quand je facture une course, je sais que
j'ai déjà 1,20
franc qui part dans le paiement des heures sup. Donc je ne peux pas en
abuser
et je ne veux pas. Mes gars m'engueulent pour en faire plus*.
Tant pis.
Je préfère les entendre gueuler plutôt que les
récupérer à l'hôpital. J'ai
déjà
sur la conscience assez de genoux et de bras cassés. J'ai des coursiers qui ont 55 ans,
j'ai pas
envie de les laisser rouler douze heures d'affilée. Je flippe.
Chez moi, les
gars font 7 à 10 heures sup dans le mois, c'est tout. C'est pas
si compliqué à
organiser dans une boîte de cette taille. Il suffit de brider le
logisticien,
celui qui dispatche le boulot aux coursiers, qui a un peu tendance à se prendre pour
le maître du jeu
et à avoir ses têtes: "Je ne t'aime pas, je ne te
donne pas de
courses ou des courses trop longues, pas rentables*"
«Je
connais un patron qui a vendu des coursiers
à un client à tarif horaire tellement bas qu'il les fait
travailler 200 heures
par mois, payées 130. Et il n'est pas le seul sur la place
à ne pas savoir
calculer un prix de revient. Certains donneurs d'ordre en
profitent pour
négocier des contrats à 25-28 francs la course (aux
alentours de 4 €) Ils
savent très bien que ce n'est pas tenable en travaillant
légalement.* » "Dernièrement,
j'ai répondu à un appel d'offres, une grosse banque qui
voulait des courses à
moins de 26 francs (3,96 €). Je lui ai dit d'aller se faire voir. J'ai
la
chance d'avoir une réputation dans le secteur et de pouvoir
encore poser mes
conditions. On n'est pas nombreux dans ce cas. Les prix ont
dégraissé de
presque 50% en dix ans.* Résultat, pour tenir, une
partie des
employeurs du secteur trafiquent les fiches de paye, les horaires. Ils
disent à
leurs salariés: vous êtes payés 8,50 francs le
bon*. A la fin du mois,
le type qui a fait 600 bons touche donc 5 100 francs. 5 100 francs,
c'est moins
que le Smic, donc le patron prend sa calculette, divise cette somme par
le Smic
horaire et dit à son employé: "Voilà, je te paye
130 heures." Le
jeune lui, il a sans doute fait 200 heures mais il sait aussi qu'il a
fait 600
bons, alors il ne trouve pas ça scandaleux. D'ailleurs, il ne
connaît pas la législation.
A l'école, on ne lui a pas appris à lire une fiche de
paye. Il y
a bien eu
quelques grèves dans le secteur sur les salaires (Voir l’article
de Libération
du 11 octobre 1996), la création d'un syndicat
CGT coursiers, mais
les gens ont
peur.
Celui
qui proteste, on ne lui donne plus de courses !* Et
ça, c'est la
version soft du volet social de la profession. La moitié des
sociétés de
courses n'emploient même plus de salariés. Leurs coursiers sont
artisans-patrons. On leur fait miroiter les 16 000 francs mensuels.
Ils
s'inscrivent au registre du commerce. Ils font des 14 heures par jour,
et à la
fin du mois, quand ils ont déduit leurs charges, leur assurance,
l'entretien du
véhicule, l'essence, il leur reste à peine le Smic. Lorsque
j'étais présidente
du syndicat des courses (l’ancêtre du SNTL*), il y a quatre ou
cinq ans, depuis
j'ai claqué la porte - j'ai tenté de me battre contre
ça. Mais la profession
est jeune et n'est pas du tout réglementée../... Un
ministre m'avait même
répondu: "Mais madame, le secteur donne du travail
à des gens qui
n'auraient aucune chance d'en trouver ailleurs, on ne va pas commencer
à faire
la fine bouche."* Alors,
quoi faire?
Trafiquer comme les autres, laisser tomber les compteurs horaires, les
heures
sup majorées? Non merci, j'ai passé l'âge, j'ai
trente ans de métier, je ne
veux pas avoir peur de l'inspection du travail, de l'Urssaf, des flics.
Se
laisser mourir, mais sans dignité? Je démissionnerai
avant. Mon groupe trouvera
quelqu'un d'autre pour faire le boulot". ©
1997 SA Libération. Tous droits réservés. Doc. :
news·19971006·LI·96632 Commentaires
du Syndicat : Depuis,
RADIO COURSES, a été racheté par TOP CHRONO et
Madame LEDRU a quitté la profession… *C’est nous qui soulignons.
Il est à noter que les prix actuellement pratiqués sur le
marché parisien est
toujours le même en 2006! A savoir qu’un bon de course est
vendu aux
alentours de 4 à 5 euros… (Entre 26 et 32 F). Et les coursiers
payés « au
bon » touche à peu prés 2 € du bon,
indemnités kilométriques et prime de panier comprises… |